Mot du président                                                                                                        Juin 2018

Y-aura-t-il encore des marins demain ?

Notre génération a connu une grande évolution  dans la conception des navires dans leur technicité, l’organisation du travail, l’art de naviguer, et elle s’est constamment adaptée, bénéficiant en contrepartie de meilleures conditions d’embarquement  et d’habitabilité. L’automatisation, puis l’introduction du pavillon RIF, ont entraîné des réductions drastiques des équipages. La formation  dans les ENSM et les lycées professionnels maritimes a également beaucoup évolué et a dû s’adapter aux normes internationales.

Dans ce contexte évolutif, où le coût des équipages continue à peser, il n’est pas étonnant que l’idée d’un navire autonome, donc sans équipage, refasse surface dans l’esprit de certains, et fassent même l’objet d’études poussées. Des projets ont avorté dans le passé. Un navire autonome sur une liaison ultracourte est aujourd’hui  expérimenté en Norvège. Faut-il aller contre le vent de l’histoire qui va toucher tous les modes de transport ?

Sans nous refuser aux évolutions techniques, et ayant fait la preuve de par nos carrières respectives, que nous nous sommes constamment adaptés, nous pourrions attirer l’attention de ces concepteurs du futur sur plusieurs points qui sont au cœur de nos préoccupations.

La mer reste un milieu hostile et dangereux, dont les humeurs sont parfois imprévisibles et changeantes. Peut-on apprécier à distance la meilleure conduite à tenir ? Un accident mineur survenu en haute mer peut très vite dégénérer si on n’intervient pas immédiatement. En l’état actuel, les règles internationales pour prévenir les abordages  exigent une veille permanente.  Le droit maritime, qui rend le capitaine le responsable pénal de l’expédition maritime, devra être profondément remanié. Les assureurs admettront-ils que les capitaux qu’ils assurent soient confiés à des automatismes ou des logiciels parfois défaillants ? Des pirates ne seront-ils pas tentés d’investir un navire seulement contrôlé à distance, de le dérouter ou de piller sa cargaison !

A toutes ces objections avancées, des parades ne manqueront pas d’être envisagées. Quant à nous, sans nier ni prétendre que  la présence d’un équipage exclut tout accident, nous nous posons la question : pourquoi cet acharnement à vouloir faire disparaître toute présence humaine sur un  navire ?

Nous persistons donc à penser qu’il y aura encore et  pour longtemps des marins, et donc  des pensionnés, dont il faudra continuer à défendre les droits  au sein  de notre régime particulier de sécurité sociale. Le conflit en cours, qui touche à un  autre régime spécial, nous interpelle : notre régime ENIM  sera-t-il lui aussi  prochainement concerné ? La réponse se trouve dans le discours de vœux du directeur : « nous aurons aussi et surtout à conforter le régime des gens de mer dans la sphère de la sécurité sociale …les projets (de l’ENIM) vont  façonner le régime des gens de mer dans les prochaines années et démontrer sa capacité à se moderniser et à évoluer pour se rapprocher des standards de la sécurité sociale sans pour autant perdre son âme ». On ne peut être plus clair. Il nous appartiendra, comme aux représentants des actifs, de veiller à ce que les spécificités liées à nos métiers soient conservées.

Je laisse à votre lecture les éléments de réponse à nos motions du 94eme congrès, du directeur et  des ministres, reçues trop tardivement  après 5 mois, et que nous publions intégralement dans ces pages.

Il faut noter la création effective du Comité des parties intéressées qui s’est réuni pour la première fois le 19 mars. C’est un premier pas  vers l’intégration au Conseil d’Administration de l’ENIM, que nous continuerons à revendiquer.

Le traitement des dossiers AFN marque une avancée certaine, après que nous ayons obtenu que toutes les attestations qui ne correspondaient pas à la réalité vécue sur le terrain par les intéressés,  soient revues. C’est un gros travail qui risque de ne pas être entièrement terminé avant l’été. Malheureusement de nombreuses veuves de pensionnés ayant servi en AFN ne peuvent  en raison de la loi bénéficier d’une modification de leur pension de réversion. Les lettres adressées à Madame SCHIAPPA,  secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes,  pour attirer son attention sur ce problème, nécessitant que la loi soit changée,  sont sans réponses à ce jour.

Nous ne sommes pas du tout satisfaits de la réponse à notre demande concernant le pouvoir d’achat et l’amélioration des petites pensions qui doit faire l’objet d’une réflexion d’ensemble sur la réversion et d’un rapport spécifique, propos déjà reçus dans les années antérieures. Par ailleurs notre demande, à l’instar d’autres organisations de retraités, de compensation à la CSG, qui pourrait être la défiscalisation des cotisations mutuelles, n’est pas envisagée dans le contexte budgétaire actuel.

Nous nous verrons donc contraints de reprendre bon nombre des motions déjà présentées lors de notre prochain congrès.

Venant de terminer ma tournée des associations, j’ai constaté que  presque partout les effectifs sont en baisse, principalement en raison des décès ou du grand âge,  malgré les efforts faits. Plus inquiétante est la difficulté à trouver des responsables pour animer et faire vivre  les associations. Il est urgent de se mobiliser, car il y va de la survie de certaines associations et de la Fédération.

Dans ce contexte qui n’incite pas à l’optimisme, je souhaite à toutes et à tous un bon été, et Je remercie d’avance celles et ceux qui seront présents pour nous soutenir le 30 septembre prochain au 95eme congrès de Dunkerque.

                                                                                                          J.Schirmann